
Le voyage
J’ai marché un pays.
J’ai embrassé le voyage, comme on embrasse l’amour.
J’ai embrassé le pays avec mes jambes, mes cuisses, mes pieds et mon ventre.
Avec mes mains
À pleins poumons
Cœur battant
Et ma tête échevelée
S’envole au-dessus des montagnes où je flotte encore
Je glisse au-dessus des estives,
Grimpe les cols pour découvrir d’autres plis
Je roule au bas des crêtes vers les cascades fraiches
J’entends les cloches des brebis
Elles qui sculptent le paysage
Et dessinent des sentes pour que je puisse les suivre
Je vois derrière mes yeux clos, la beauté des chevaux libres
Qui broutent sur les coteaux
Les montagnes de grès et de verdures qui s’inclinent dans la mer
Qui les avale, vague après vague.
Les coquelicots, les genets, les bruyères, le jasmin et les roses
La gentiane, les pâquerettes et les scilles
Tourbillonnent en un mélange de couleurs
Et de parfums
Envoutement
Je touche la rocaille et ma rêverie m’emporte
Vers un temps qui n’est pas le mien
Les vieilles pierres me racontent
Des récits de sueurs et de sang
De gloire et d’ombre
D’orgueil et de labeur
De liberté
Dans mes muscles courbaturés
Dans la plante de mes pieds
Dans le sable de mes articulations
Dans la pointe de mes bâtons de pèlerin sur la pierre
Dans mes songes vivants
Je flotte entre deux continents
Je voyage
Encore
Lucie Hébert