Carte postale du Maranhão

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Lençois Maranhenses, les « beaux draps du Brésil »

J’ai toujours su que l’État du Maranhão, au Brésil, avait été fondé par des Français. Sa capitale, Saint-Louis de Maragnan, garde des trésors impressionnants de l’architecture coloniale. L’État se caractérise par un climat presque amazonien, humide, car il est près de l’Équateur. Il fait chaud en juin et juillet, alors que d’autres États du Nord-Est et surtout ceux du Sud-Est et du Sud du pays vivent un hiver avec des températures variant de 0 à 18o C.

Ce qu’il y a de plus étonnant dans ce noble coin presque amazonien est un parc naturel, Lençois Maranhenses, que l’on surnomme les « beaux draps du Brésil », un désert de dunes blanches, dont les creux remplis d’eau des pluies de la saison forment des lagons avec plusieurs gradations de couleurs verte et bleue.

D’un point de vue aérien, les « draps » offrent une des vues les plus belles du monde, et, je dirais même, unique. C’est une merveille de voir l’ondulation des dunes blanches avec plusieurs rondeurs colorées de vert/bleu, et cela à l’infini, sans limites visibles. Le voyageur rêveur est confronté au défi d’un exercice dynamique du regard. C’est l’heure de s’envoler dans cet immense champ de possibles dans lequel communiquent la terre, l’eau et l’air. En effet, le regard est surtout orientation; orientation vers une source sensorielle qui dévoile de façon spectaculaire un nouveau mode d’expérimenter notre présence au monde.

De haut, la beauté des dunes ondulées donne l’impression d’un tissu uniforme, cousu soigneusement par dame Nature, avec des broderies colorées qui forment une harmonie sensorielle des plus extraordinaires dans notre univers. Ce tissu, fédérateur des sentiments de paix et de tranquillité, est une invite à plonger dans notre monde intérieur, un repos de l’âme face aux vicissitudes du quotidien. Plusieurs personnes y éprouvent le désir du non-retour à la vie d’au jour le jour.

Puis, vient le temps pour le regard de palper les dunes, de rouler sur elles. Pour moi, c’est un retour à l’enfance, au moment où ma ville natale était entourée de dunes hautes et accueillantes pour les jeux d’enfants. Ces dunes ont disparu à cause de la spéculation immobilière. Quand on palpe un amas de sable, la première sensation que l’on éprouve est la douceur. On a d’emblée envie de s’envelopper avec le tissu douillet de la dune, peu enclin à se remémorer que le sable provient de la décomposition des roches du fait des érosions. Un examen de sa composition peut révéler jusqu’à 180 minéraux, les plus connus étant le quartz, le mica, le granite et le feldspath.

On se rend compte qu’il y a eu un combat entre la terre et les vagues marines pour former cette accumulation de grains formidablement belle; un autre exemple d’esthétique issue de luttes continuelles à travers des millénaires.

Lorsque le sable pénètre dans nos narines et notre bouche, on se rappelle que des rochers ont été battus et déplacés pour fournir cet épais tapis d’une suavité placide et indescriptible. Quel bel exercice de rêverie propice au déclenchement de souvenirs d’enfance que de se laisser rouler du faîte d’une dune jusqu’à l’eau tiède d’un lagon : le meilleur cadeau de bienveillance pour un corps.

Au Québec, j’ai appris à rouler sur les monts enneigés avec des enfants et des adultes. La neige a une autre composition et d’autres stimuli pour le regard et le toucher. C’est la beauté de la blancheur ponctuée de quelques corps qui y glissent avec leurs habits colorés de rouge, bleu, vert, jaune. Vues de haut ou de loin, les pistes de ski ou de glissade donnent l’impression d’un tissu uniforme avec des points brodés qui composent une nappe naturelle travaillée par la nature et par les êtres humains qui la révèrent.

Mais la neige est composée de petits cristaux de glace. En dessous de 0oC, l’eau liquide devient solide et gèle. Les flocons de neige ont une structure en étoile ou en hexagone, ce qui les différencie d’une plaque de glace. Il y a la neige en grains et la neige roulée. J’aimerais savoir si la condensation solide de la vapeur d’eau résulte elle aussi d’une forme de combat entre l’eau, l’air et la terre. Le fait est que la blancheur de la neige couvre les paysages d’un manteau apaisant pour le regard, qui se réjouit de parcourir des sentiers de cristaux de glace maintes fois visités par les écureuils, des familles de biches et des oiseaux.

Pourquoi établir une telle correspondance entre ces deux merveilles de la nature, l’une dans une zone de chaleur intense, l’autre dans un froid sibérien ? D’autres voyageurs ne verront probablement aucune ressemblance entre elles. Heureusement, nos perceptions du monde ne sont pas pareilles, ce qui nous donne l’occasion de dévoiler aux autres des relations entre les objets naturels et ceux de la culture qu’ils n’avaient pas soupçonnées. Qui pourrait deviner que je pense à mes chaudes dunes amazoniennes quand je glisse dans la neige froide? Et, à l’opposé, que je projette l’image de glissades blanches et froides sur cette matière chaude et douillette formée de petits grains de roches?

Licia Soares de Souza

 

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