Carte postale des îles

Accoudée comme ça sur le bord venteux du traversier, elle se demande sans doute ce qui pourrait l’aider à briser la glace, celle qui isole l’archipel autant que ses habitants. À vrai dire, elle ne cherche pas tellement un moyen de percer un secret qu’à comprendre ce que ça veut dire, d’être insulaire. Oui, elle sait pertinemment que ce n’est pas elle, même entièrement vêtue du soleil de son pays natal, qui prêtera la parole aux vieux chasseurs de loups-marins. Ceux-là qui sillonnent depuis au moins avant ça, comme ils le disent, le grand corps blanc et imprévisible des glaces du Golfe, là où s’ouvrent des saignées d’eau et des tempêtes à faire frémir, prêtes à les avaler entier dans leurs eaux froides et leurs blizzards. Tout ça pour y trouver la bête qui fera briller les yeux et se délier les langues. Non, ce n’est pas elle qui leur prêtera sa voix : c’est eux qui lui prêteront la leur, s’ils le veulent bien, un soir peut-être où accoudés à la buvette, ils briseront la glace en se regardant dans le blanc des yeux pour y trouver la trace de la bête lumineuse avant d’éclater d’un grand rire de Madelinot, un rire comme il ne s’en fait plus.

J. B.

Brise glace

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