Lire au dépanneur, deux

Par André Carpentier

 

Lire au dépanneur, deux

(Des titres, des filles, des couleurs…)

Pas facile d’observer ceux qui lisent devant les présentoirs de magazines des dépanneurs de quartier. Ou bien il n’y a pas d’angle pour les observer de loin, ou bien on est trop près. Faut se rabattre sur la technique du regard en coin. C’est un art, le regard en coin, que je préfère appeler le regard à la dérobée. Je crois que regard en coin a des connotations négatives.

Donc regarder subrepticement, en cachette, sans être vu, bien qu’étant là présent et bien visible. Faisant mine de rien, faisant mine de lire. Pour observer ceux qui lisent au présentoir des dépanneurs, il faut soi-même lire au présentoir des dépanneurs. Ouvrir le Lundi, le Paris-Match, feindre de chercher quelque chose… Et alors qu’est-ce qu’on voit chez ceux qui lisent devant les présentoirs des dépanneurs? Je parle des dépanneurs de quartiers, pas des maisons de la presse du centre-ville…

Jusqu’ici, après une douzaine de visites aux heures de pointe, matin et fin d’après-midi, des visites assez courtes, parce que je n’ai pas trouvé le moyen d’y étirer mes présences, qu’est-ce que j’ai surtout vu devant les présentoirs de revues? Des hommes. Une fois sur deux, personne ne traîne devant les présentoirs; l’autre fois, il y a un ou deux hommes, qui parcourent lentement des magazines de chars ou rapidement des magazines érotiques. Certains regardent le dernier numéro de la revue Géo ou une revue de voyage, mais à mon avis, c’est pour faire diversion. Après quelques minutes, ils s’emparent de leur journal habituel et repartent après avoir laissé quelques pièces sur le comptoir.

Comment dire à quoi ressemble un présentoir de magazine dans un dépanneur quand on refuse de balayer la question par une photo? Parler de la présentation en bardeaux des revues, des couleurs qui se superposent, du sourire des filles présentées en couverture, identifier les mots clés selon les types de revues : beauté, jeunesse, scandale, luxe, érotisme, etc.